Le musée le plus étrange et surprenant des Ardennes

L’étrange musée
de l’hôpital de Sedan

“Au même titre que la ville, l’hôpital de Sedan a une histoire incroyable et souvent méconnue du plus grand nombre. Celle dont je vais vous parler aujourd’hui est extraordinaire. C’est l’Histoire de l’hôpital de Sedan et de son musée pour le moins étrange ! 

Ce curieux musée privé ne fait pas exception, il est ouvert chaque année lors des Journées du Patrimoine.. Mais attention, tout comme pour la visite de la Brasserie d’Orval, les places sont chères. Vous devrez vous inscrire à l’avance pour profiter de ces collections hors normes.

Caché derrière la petite porte de bois, l’insolite musée de la médecine invite à une pause hors du temps, où humour peut rimer avec instruments de torture !”

VivrArdenne - Visite du musée de la Médecine de Sedan

De l’histoire de la médecine à celle de l’hôpital 

Arrivés devant l’hôpital sur le point de rendez vous, le groupe d’inscrits est divisé en deux. 

Le premier groupe va suivre le guide conférencier du Service de Patrimoine pour en apprendre plus sur l’histoire et l’architecture de l’hôpital. Le second, lui, va se rendre avec les membres de l’association “ASPROH” dans l’étonnant musée.

Oui oui, j’ai bien dit ASPROH tout comme le nom du célèbre médicament
mais avec le H final en plus. 

Association de Sauvegarde, de Protection et de Réhabilitation des Objets Hospitaliers.

VivrArdenne - Visite du musée de la Médecine de Sedan

Alors que nous nous trouvons sous un porche donnant sur l’Avenue du Général Margueritte, j’apprends qu’il s’agit en fait, de l’entrée principale de l’hôpital jusque dans les années 1960 ! 

Ce large porche qui mène dans la cour carré du Pavillon Turenne, nous saurons pourquoi ce nom plus tard, possède sur sa gauche une petite porte de bois.

Porte derrière laquelle se trouve le fameux musée. Et pour cause, il s’agit en réalité de l’ancien bureau des admissions tenues jusque dans les années 1960 par les soeurs de la Maison des Filles de la Charité, congrégation créée par Saint Vincent de Paul. Les soeurs à cornettes y possèdent leur bureau et un accès direct sur la pharmacie.

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Un musée, une ambiance, un autre temps…

Après avoir emprunté la grande porte de bois grinçante, nous arrivons sous un grand porche menant dans la cour de l’hôpital juste derrière. La petite porte de bois menant au bureau des admissions se trouve juste devant nous à l’entrée.

J’entre avec le reste du mini-groupe dans cette petite pièce exigüe. Un bureau, des chaises, des étagères… Une véritable ambiance !

J’ai l’impression de me retrouver dans le bureau du commissaire Maigret !

Boiseries, mobiliers, bibliothèques tout est d’époque ! Les membres de l’association sont des passionnés. Ils pourraient rester des heures à vous conter l’histoire de leur musée, je suis sûre que vous ne les verriez même pas passer.  

La bibliothèque dont les étagères sont remplies de livres et de registres d’époque, révèle encore toutes sortes de trésors. La curiosité des amoureux de livres anciens sera comblée. 

Des fonds impressionnants 

En 2013, le centre hospitalier de Sedan ainsi que les membres de l’association ont décidé le transfert de la Mémoire de l’Hôpital au fond d’archives du département, afin d’en assurer la conservation. 

VivrArdenne - Visite du musée de la Médecine de Sedan

En effet, l’association avait sous son aile plus de quarante trois mètres de rayonnages contenant toutes les archives anciennes de l’hôpital. Le plus vieux document étant daté de 1550. 

Des actes de créations de l’établissement, en passant par les cahiers de visites des médecins, jusqu’aux registres des enfants trouvés, ce fond apporte de très nombreuses informations sur l’hôpital, sa gestion mais aussi sur la condition de vie des habitants sedanais.

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Le tour à enfants ou tour d’abandon

Dans ce bureau, se trouve l’envers d’une curiosité sedanaise. Les vestiges du tour à enfants, ou tour d’abandon aussi appelé quelquefois “boîte à bébés” datant de 1750. Aujourd’hui muré, il s’agit en réalité d’une trappe entre la rue et l’hôpital et contenant une pièce de bois qui pouvait tourner sur elle même, une sorte de coffre.

C’est là que les mères qui ne pouvaient subvenir aux besoins de leur bébé venaient l’abandonner de manière anonyme. Une fois l’enfant déposé, la mère sonnait la cloche qui se trouve à côté du tout, pour prévenir le personnel.

C’était un arrangement courant en Europe du Moyen-Age jusque dans les 18 et 19ème siècles. Ils réapparaissent en 1996, particulièrement  en Allemagne sous une forme plus moderne. C’est Saint Vincent de Paul qui fait installer le tout premier à Paris en 1638.

Sedan étant une ville de garnison, les naissances y étaient très nombreuses. Mais les conditions de vie ne permettaient pas toujours l’éducation et le soin des enfants. Ils étaient alors confiés à l’orphelinat puis placés en nourrices en Belgique.

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Les garçons sont élevés pour devenir de bons ouvriers dans les manufactures où très souvent ils trouvent du travail facilement. Une population ouvrière docile en quelque sorte. Tandis que les filles devenaient de bonnes femmes d’intérieures ou même des religieuses.

La pharmacie

Il est temps à présent d’entrer dans le vif du sujet et de découvrir cette fabuleuse collection d’objets hospitaliers en tous genres. Nous quittons le bureau des soeurs afin de nous rendre dans la pièce juste à côté, la pharmacie.

En fait cette pièce là aussi est restée “dans son jus”. Tout comme les fonds anciens cédés aux archives départementales, l’association recèle en réalité d’un trésor inestimable. Toutes l’histoire de la médecine se révèle à nous au travers des “outils de tortures” les plus incroyables et inimaginables. 

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Ustensiles souvent en argent, en verre ou en inox… Instruments de mesure, poudres et contenants, tous témoins d’un autre âge de la médecine. 

Un temps ou l’usage unique et le jetable n’existait pas !

Parmi tous ces objets incroyables et énigmatiques, on peut y voir :

  • les débuts de la stérilisation
  • les premiers appareils à anesthésie
  • les ustensiles pour la chirurgie osseuse : scies, marteaux, pinces…
  • les outils pour la chirurgie viscérale : écarteurs, seringues…
  • les accessoires pour la microchirurgie ORL et OPH
  • les instruments pour la gynécologie
  • mais aussi tout le rayon pharmacie et la fabrique à la main de médicaments et autres suppositoires des années 1945, 1950.

Pourquoi cette collection ?

Le fondateur de l’association ASPROH n’est autre que le magasinier de l’hôpital, aujourd’hui à la retraite. Années après années, ne pouvant se résigner à jeter le matériel médical qui lui était confié, il conserve de plus en plus d’objets hospitaliers. Il garde soigneusement chaque ustensile médical qu’il entrepose dans l’ancienne pharmacie de l’hôpital.

Des seringues de verre aux pinces à opérer, des premiers masques à éther servant aux anesthésiés aux scies, marteaux et pinces en tous genres… Ce sont près de 3 000 objets qui ont ainsi été collectés. Des outils et ustensiles désuets et hors d’usage datant de l’époque d’après guerre jusqu’aux années 1980. 

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Grâce à cette conservation, il est possible de comprendre l’évolution des techniques de la médecine. Et Dieu seul sait à quel point on a pu faire comme avancée technologique en matière de médecine ! La visite de ce petit musée ne pourra que vous en convaincre !

Dans les années 1970, l’hôpital de Sedan reçoit de nouveaux bâtiments. Les objets médicaux dont l’utilisation est encore possible, sont envoyés dans les pays en voie de développement et notamment à Madagascar.

Sedan et son hôpital, un peu d’Histoire !

L’hôpital tel qu’on le connaît aujourd’hui est un digne héritier des hospices et hôtels-Dieu qui se sont succédés à Sedan depuis le 16ème siècle.

En 1521, Catherine de Croÿ, conjointe du 13ème Seigneur de Sedan, Robert II de La Marck, fonde la Maison des Douze Apôtres dans le quartier du Ménil. Une maison dont la charge et d’accueillir les malades nécessiteux. Il y a alors deux médecins pour environ trois milles habitants.

VivrArdenne - Hôpital et Chapelle Saint Vincent de Paul de Sedan

Environ trente ans plus tard, en 1550, sous Robert IV de La Marck, un document émanant du pape (une bulle pontificale) autorise l’édification d’un hôpital Rue de Bayle. Le Gouverneur de la place, Guillaume de Mirbrich, complète le premier bâtiment par la création d’un hôtel-Dieu dans son hôtel particulier situé à l’angle de la Rue de l’Horloge et de la rue du Rivage.

Mais les protestants ont une toute autre vision des maladies. Ils préfèrent ne pas réunir tous les malades au même endroit en choisissant de les soigner directement chez eux. Alors, en 1576, l’hôpital des Douze Apôtres est transformé en collège.

L’arrivée des filles de la Charité

C’est alors que la peste fait son apparition. Pour éviter les contaminations et la propagation de l’épidémie dans le coeur de la ville, un hôtel-Dieu des pestiférés est construit à l’emplacement du Dijonval, sur l’actuelle Avenue du Général Margueritte.

Dès 1573, les demoiselles de la Charité sont envoyées par le pasteur pour soigner les malades indigents de la place. En 1633, est instituée la congrégation des filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. 

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Eléonore de Bergh, femme de Frédéric Maurice de La tour d’Auvergne et profondément catholique va demander leur aide. Et en 1641, Saint Vincent de Paul envoie à Sedan Louise de Marillac. Elle prend alors en mains l’établissement appelé désormais “La Maison des Filles de la Charité” jusqu’en 1696.

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Le 6 août 1641 éclate la bataille de la Marfée. Le rôle de Frederick Maurice dans la conspiration de Cinq-Mars contre Richelieu est découvert. Pour sauver sa tête, il lâchera la Principauté de Sedan au Royaume de France en 1642. 

En 1665, un arrêté du roi de France ordonne la construction d’un hôpital à Sedan. L’Hôtel de la Miséricorde voit donc le jour en 1696 et devient par la suite l’hôpital général.

De généreux donateurs

Historiquement, l’hôpital de Sedan vivait grâce à la générosité des donateurs et bienfaiteurs de la ville. Beaucoup de rues portent d’ailleurs les noms de ceux et celles qui ont fait un don à l’hôpital. 

La rue Hue Tanton qui mène au château fort porte le nom de la veuve Hue Tanton, sans enfant, qui fit don de tous ses biens à l’hôpital de Sedan, après sa mort. 

Cependant deux sont tout de même à mettre en exergue. Les deux qui aujourd’hui portent leur nom sur la devanture de leur pavillon. 

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Le premier des plus grands généreux donateur est le Maréchal Turenne.

Frère de Frederic Maurice de la Tour d’Auvergne, il décide de faire un leg de 50 000 livres à l’hôpital. Ce dernier permettra, au 18ème siècle, la construction du Pavillon Turenne, entrée principale de l’hôpital jusque dans les années 1960. 

Cette même entrée qui cache la porte du musée de l’ASPROH. Il demande aussi à son cousin, qu’après sa mort, une rente soit attribuée chaque année à l’établissement. Rente qui ne s’arretera qu’en 1892, fautes d’héritiers sur cette branche de la famille.

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Le second généreux donateur, c’est Anne Jean Marie René Savary, Duc de Rovigo.

Né en 1774, il est connu pour être un des hommes de confiance de Napoléon Bonaparte et ministre de la police de 1810 à 1814. Son père n’est autre que le commandant du Fort de Sedan. Il répond à la demande des administrateurs de l’hôpital en faisant un don important le 8 mars 1808. De nouveaux batiments sont construits dont le pavillon Rovigo qui porte aujourd’hui son nom. 

Grand admirateur de Turenne, il demande en échange de ce don que chaque 27 juillet, soit célébrée une grand messe en l’honneur du Maréchal de France Turenne mort à cette date.


Pour la visite de l’hôpital et du Musée des objets hospitaliers, il vous suffit de contacter le Service du Patrimoine de la ville de Sedan. La visite peut être organisée lorsqu’une vingtaine de demandes sont effectuées.

Service du Patrimoine
03 24 26 85 70
patrimoine@ville-sedan.fr
www.sedan.fr

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