Ouvrage de La Ferté
Vivre dans un ouvrage
de Ligne Maginot

Partie 2

Visite de l’Ouvrage
de La Ferté

Merci aux IGERS Charleville
😉

“Il y a tellement de choses à dire à propos de ce lieu, qu’il m’était difficile de ne vous faire qu’un seul article. Nous avons appris tellement de choses auprès de nos guides, Benjamin et Guy. Trois heures de visite intense en émotion et en partage.
Après un premier article sur la ligne Maginot dans les Ardennes, avant de partager la tragédie qui s’est jouée dans ces murs, on s’attarde aujourd’hui, sur la vie des hommes dans un ouvrage tel que celui de La Ferté.
L’idée est de vous faire rencontrer l’équipage de 106 hommes qui vivaient dans ce lieu.”

Entrée de l’ouvrage de La Ferté par le Bloc 1

La construction

En mars 1934, l’armée française décide la construction de l’ouvrage. Elle commence l’année suivante par des travaux de fouilles et le gros oeuvre, pour se terminer en décembre 1937. L’ouvrage est livré le 1er janvier 1938.

Pour se donner une idée, le coulage du béton demande la mobilisation d’une centaine d’ouvriers, jours et nuits sans interruption, pendant six semaines ! L’acheminement des matériaux est rendu possible grâce à l’aménagement de voies ferrées, les wagons étant tractés par des chevaux. Puis viennent les travaux de blindage et de cuirassement. Sans oublier, le raccordement téléphonique aux autres ouvrages, une autre grosse part des travaux.

Après la livraison, il reste encore quelques menus travaux à effectuer. Par exemple, la pose du projecteur extérieur installé dans sa niche bétonnée en octobre 1939.

Un mois avant l’attaque allemande, en avril 1940, on imagine un agrandissement de l’ouvrage. Celui là même qui aurait pu sauver la vie de l’équipage. Le raccordement par voie souterraine de l’ouvrage aux deux casemates voisines, avec voie de secours, l’ajout d’une caserne et d’une usine souterraine. 

L’équipage de l’ouvrage de La Ferté

À partir de 1933 sont créées les unités caractéristiques d’infanterie de forteresse et d’artillerie de position. Elles ont pour but de prendre en main cette nouvelle ligne de défense afin de mieux se l’approprier. 

L’ouvrage de la Ferté, lui, est confié à la troisième Compagnie d’Équipage d’Ouvrage (CEO) du 155ème Régiment d’Infanterie de Forteresse. On y retrouve aussi dans ses rangs des électromécaniciens et sapeurs du 3ème Génie, des téléphonistes et télégraphistes du 18ème Génie et des observateurs du 169ème Régiment d’Artillerie de Position (RAP).

C’est d’abord le lieutenant Guiard qui commande les cent-six hommes appelés à vivre dans l’ouvrage. En mars 1940, c’est le lieutenant Maurice BOURGUIGNON qui le remplace. L’équipage compte alors trois officiers, neuf sous-officiers et quatre-vingt-quatorze soldats.

La vie dans l’ouvrage

Les équipages de casemates de fortifications fonctionnent de la même façon que les sous-marins. Les hommes font les trois-huit ! C’est à dire que lorsqu’un groupe dort, l’autre mange, pendant qu’un autre combat… Ils sont tour à tour de piquet, de corvées, aux postes de combats et au dodo.

“Dans cet ouvrage, vous ne trouverez qu’une quarantaine de lits ! Et oui, comme les hommes font les trois-huit, ils ont donc toujours une place chaude quand ils se couchent.”

La cuisinière « Arthur Martin » est toujours en place aujourd’hui. Elle tourne jour et nuit pour nourrir tout l’équipage. Quatre cuisinier font partie de l’équipage afin d’assurer les 1/4.
En période de paix, les hommes s’approvisionnent auprès des fermes locales. En temps de guerre, par contre, ils vivent sur leurs réserves.

Pour la petite anecdote, lorsque les membres de l’association ont nettoyé la cuisinière, ils ont mis à jour le charbon qui alimentait le foyer jusqu’au dernier moment. C’est ce que Guy est en train d’éclairer avec sa lampe torche, sur la photo ci-dessus.

Oui, vous avez bien lu ! Du charbon ! En fait, il se servait de ce combustible la nuit uniquement. Les fumées noires auraient été trop visibles pour l’ennemi. La journée, on se sert de fuel ; plus cher mais moins décelable.

L’entraînement à l’occupation des ouvrages va être réellement bénéfique. Cette période va permettre de pointer les dysfonctionnements et les améliorations à apporter à la ligne de fortification. Elle permet aussi d’affiner et de clarifier les procédures et les processus de fonctionnement.

L’équipement

Le Génie a en charge de la maintenance des équipements et des installations. Régulièrement, les hommes du Génie ont la charge de faire fonctionner tous les équipements électromécaniques (ventilation, moteurs, tourelles, centrales électriques, armement…). Ils veillent aussi au bon fonctionnement des réseaux (radio, téléphone, télégraphe…) Souvent il s’agit de civils qui complètent les effectifs mais au moment de la mobilisation, ils viennent prendre part au personnel technique militaire.

Les équipements du Bloc 1

Entrée principale de l’ouvrage, le bloc 1 est équipé d’une entrée surplombant un fossé diamant. Elle est défendue par une goulotte lance-grenades et un fusil mitrailleur placé en caponnière. Juste derrière la grille qui ferme la porte se trouve un fusil mitrailleur. On entre alors dans le niveau supérieur du bloc 1.

Lorsque l’on entre dans la chambre de tir n°1, Guy notre guide nous plonge dans l’ambiance auditive du lieu. La bande son de ce à quoi pouvait ressembler cet enfer bétonné me fait sursauter.
Deux créneaux pour jumelage d’armes se trouve dans une pièce de moins de dix mètres carré. Le premier, pour mitrailleuse et canon antichar se détache du second prévu pour deux mitrailleuses.

« On remarque aussi sur le plan un réservoir d’eau ! En effet saviez-vous que chacune des armes consomme cinquante litres d’eau par 24 heures ! »

Les équipement du bloc 2

Le bloc 2 est assez identique au bloc 1 bien que plus réduit. C’est aussi l’entrée secondaire de l’ouvrage.
On y trouve sur l’étage supérieur, une tourelle pour armes mixtes, une cloche GFM (Guetteur et Fusil Mitrailleur) et une cloche observatoire avec vue directe et périscopique, la seule du sous-secteur de Montmédy.

La cloche d’arme mixte est une tourelle à éclipse qui peut tirer dans toutes les directions. Elle pèse cent trente cinq tonnes !

Les équipements électriques de l’Ouvrage de la Ferté

Une centrale électrique équipe chacun des deux bloc de l’ouvrage . Deux groupes électrogènes équipent chacune des centrales. Ils sont capables de développer 25ch à 750 tours minutes. Ce sont les plus gros que deux hommes peuvent démarrer à la main.

Démarrage des moteurs lors des Journées du Patrimoine 2016.

Les génératrices du bloc1 peuvent produire 13 KiloVoltAmpères (kVA) en 220 volts triphasé. Quant aux génératrices du bloc 2, elles fabriquent 19 KVA en 210 Volts triphasé.

Le tout permet d’alimenter en électricité la totalité de l’Ouvrage. Bien sûr, lorsque vous êtes en visite, il faut bien imaginer que l’on y voit beaucoup plus clair aujourd’hui qu’à l’époque ! Progrès des ampoules, entres autres, oblige !

Cela dit, imaginons que vous ayez perdu votre guide au cours de votre visite, vous vous êtes surement trop attardé devant la superbe cuisinière Arthur Martin d’époque, encore en place aujourd’hui !
Comment trouvez-vous la sortie la plus proche ?

Et bien c’est le réseau électrique qui va vous sortir d’affaire ! En effet, il suffit juste de regarder de quel va le fil qui alimente l’ampoule. C’est ce fil d’alimentation qui vous indique la direction de la sortie la plus proche !

Sortie la plus proche sur ma droite ! Ben oui, le fil d’alimentation de l’ampoule est à gauche !

Les équipements de transmissions de l’Ouvrage de la Ferté

Rappelez-vous, je vous ai dit plus tôt qu’un des plus gros travail sur la construction de l’ouvrage était sa connexion aux autres ouvrages.

En effet, l’Ouvrage de la Ferté ne compte pas moins de trente deux directions sur son central téléphonique ! 

Le bloc 2 disposait d’un central téléphonique disposant de 16 canaux, raccordé au central principal du bloc 1. Le 18 mai 1940, lorsque l’équipage abandonne le bloc 2, il décide de couper les câbles afin d’empêcher l’ennemi de pouvoir se servir du réseau.

La nouvelle vie de l’ouvrage

Une association loi 1901 est créée en 1946. Son but est d’obtenir des fonds pour la construction d’un monument aux morts. Un monument en mémoire de l’équipage de l’ouvrage et des défenseurs du village de Villy. C’est l’actuel “Gisant” que l’on aperçoit en bord de route (D52) avant de se stationner sur le parking de l’ouvrage.

VivrArdenne

En 1967, le Comité du Souvenir des Défenseurs de Villy La Ferté prend la suite. Ses principales missions sont d’entretenir l’ouvrage et de faire connaître l’histoire du lieu. 

Juste après guerre, la première association se chargeait de faire visiter l’ouvrage, notamment en mai pour les commémorations des combats de 1940. Le Comité poursuit également cet objectif. C’est d’ailleurs sa principale source de revenu.

Le bâtiment appartient toujours à l’état Français. L’ouvrage n’est vendu qu’en 1971 pour le franc symbolique aux commune de Villy et de La Ferté. En 2011, il est mis à disposition de la communauté de communes des Portes du Luxembourg. Le Comité en assure toujours la gestion.

Plus récemment , pour faire face à l’afflux croissant de visiteurs, on décide la construction d’une maison d’accueil. Bien plus qu’un simple bureau de renseignements, elle permet une transition avant la visite de l’ouvrage. 

Une véritable tragédie s’est jouée dans les murs que nous visitons aujourd’hui. L’ouvrage de la Ferté demeure célèbre pour être le seul à avoir perdu toutes sa garnison lors des combats de mai 1940.

“Dans le prochain et dernier article consacré à l’ouvrage de la Ferté, je vous propose de revivre le calvaire des hommes qui sont tombés dans ces murs.”


L’accueil de l’Ouvrage de la Ferté est ouvert du 15 mars au 15 novembre. L’accès est gratuit au parking, au musée ainsi qu’au court-métrage de 12 mins.
Les visites guidées vous permettent d’entrer dans l’Ouvrage, accompagnés par des guides passionnés.

Pour plus d’informations, je vous invite à vous rendre sur le site web : www.ouvragelaferte.fr


  • VivrArdenne - Ouvrage de La Ferté
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